Lettre à mes enfants

Ce texte a été publié dans le recueil Lettre à mon enfant, paru à l’automne 2012. Il regroupe les témoignages d’une centaine de parents et grands-parents. C’est un superbe livre… dont les profits sont remis à la Fondation du Dr Julien… 😉 Mes enfants ont grandi depuis que j’ai rédigé cette lettre, mais j’avais envie de la partager.

Pour Paul, Pour Louis,

Il y a, dans l’armoire de la pharmacie, « vos » tests de grossesse.

Enceinte de toi Paul, j’avais refait ce fameux test quatre fois. Chaque fois, la main tremblante, attendant le verdict de la barre verticale : « C’est pas possible ! Déjà ? C’est ce que je voulais… Mais mon dieu je suis morte de trouille. Un petit bébé à nous, pour vrai ? Allez, un autre test ! » Et j’étais là, incrédule devant ma chance et devant l’énormité de ce que nous venions de faire : un enfant…

Pour toi Louis, j’ai su que j’étais enceinte avant même de sortir le petit tube de plastique de son emballage d’aluminium. Quelque chose comme un pincement dans le ventre, un truc familier. À vrai dire, c’était plus comme un éclairage différent de mon visage dans la glace, mais cela sonne un peu ésotérique, non ? C’est la même petite ombre que j’ai reconnue enceinte de vous deux. Pourtant, j’ai refait le test une deuxième fois…

Durant notre dernier déménagement, je n’ai pas pu faire mieux que de prendre ces tests de grossesse dans la pharmacie de la salle de bains, et de les remettre exactement au même endroit dans notre nouvel appartement. La valeur d’un souvenir ne se mesure donc pas au poids qu’il pèse au creux de la main…

Je vois un tout petit bateau faiblement éclairé, voguant sur une mer très calme. Il fait nuit, et j’espère de tout mon cœur qu’il arrivera sain et sauf. J’allume un phare et je prie, comme une vraie veuve de marin, pour qu’aucun malheur ne vienne abîmer votre embarcation… Et j’attends.

Je regarde ces bouts de plastique et je vois un premier signe de vous. Petit doigt boudiné qui se lève dans l’obscurité: « … maman ? C’est moi… je m’en viens… ».

Un peu plus et j’entendrais vos premiers battements de cœur en collant mon oreille à ces tests de grossesse. Petit métronome d’une vie qui commence, tic tac tic tac tic tac. Petit métronome qui s’emballe pour finalement cogner, cogner très fort !

 **********

Neuf mois à vous porter. Rien à signaler. Yoga, crème glacée et soirées à vous rêver.

 **********

Vous êtes nés dans la même chambre, à 15 mois d’intervalle. Même grand lit et couvre-lit à feuillage vert. Même soleil étincelant. La première fois éclaboussant une des dernières neiges de la saison et la seconde, inondant la pièce prisonnière d’une canicule de printemps.

Et, sans le vouloir, deux sages-femmes prononçant à 15 mois d’intervalle les mêmes cinq mots : « Viens chercher ton bébé Sarah ! ».

Je te dépose sur moi mon petit Paul, tu es chaud, tu es glissant, tu es sous mes doigts la chose la plus magnifique que la Terre ait portée. Quelques heures après ta naissance, je suis allongée avec toi mon coeur, mon nouveau-né, et nous nous dévorons des yeux. À quelques pouces de ton visage, j’hume l’odeur de ta bouche entrouverte. Cette odeur, je m’en rappelle encore et elle m’émeut toujours. C’est la découverte d’une vie, la rencontre avec l’amour. Je suis devenue maman à cet instant.

Mon Louis, petit Bouddha. Toujours ces mêmes cinq mots, et le temps se suspend. Le monde n’existe plus mon amour, il n’y a que toi et moi. Geste simple et vertigineux. Je tends les bras, te prends sous les épaules et te tire sur mon ventre. Tu vis, sublime et fort! Tu cries, tu ouvres grand les yeux déjà, tu respires la vie. Tu t’installes bien au chaud et tu tètes mon sein, comme si tu avais toujours su comment faire. Tu es là, tout est simple, je t’aime depuis toujours. Nous rentrons à la maison le soir même.

 **********

Les deux dernières années sont un foutoir pas possible à décrire. Je me lance ?

Il y a les premières semaines sans sommeil et vos envies d’une petite tétée-collation à 2h00 du matin. Et à 2h45. Et à 4h00. Et à… Vous êtes sans pitié mes loupiots !

Il y a les dizaines et les centaines de couches changées. Débordantes, surprenantes, odorantes, décourageantes… Il y a vos petits pyjamas qui sèchent en dansant sur la corde à linge. À pois, à rayures, et toujours à pattes. « Le bonheur, c’est une corde à linge pleine de pyjamas à pattes. » Oui, elle est de moi celle-là !

Il y a (je les ai comptés), 26 biberons, toujours à laver. Il y a des miettes sous la chaise de Paul, et du jus renversé qui colle sous les pieds. Il y a de la banane, des carottes, et un truc verdâtre sur la chaise de Louis. Il y a un plancher à toujours balayer. Des petites mains, des cheveux gommés.

Il y a trop de jouets. Qui clignotent, qui jouent des musiques insupportables, qui roulent et se retrouvent jusque sous mon oreiller.

Il n’y a plus de bain pour les grandes personnes, mais un parc aquatique où règnent des canards en caoutchouc, des gobelets et des autos visqueuses.

Il y a des conversations interrompues, des soupers avalés d’une seule main, des dégâts, des télécommandes brisées, des feuilles de plantes mâchouillées, des montagnes de linge sale, des jouets qu’on ne veut pas prêter, des crises, des larmes, des tons qui montent et parfois des portes qui claquent.

Mais… vous me voyez venir n’est-ce pas mes loupiots ? Vous le voyez venir cet énorme MAIS ? Celui qui balaie tout ça d’un seul coup et l’envoie dans son coin. Celui qui nous dit que ça vaut le coup. Oh que ça vaut le coup !

Alors voici, en vrac, ce qui donne un sens à ce tourbillon complètement fou. Ou comment mettre en mots l’amour qui m’éclate le cœur de vous avoir dans ma vie :

Votre odeur. Changeante d’heure en heure, mais qui m’enivre, toujours. Le sucré de vos cous, la petite note animale de vos cheveux, celle de lait chaud au coin de vos lèvres…

Vos jouets, encore eux! Ils me rappellent toujours du coin de l’œil que mon territoire est conquis. J’ai rendu les armes : ma vie se décline en jaune soleil, en rouge pompier et en bleu royal et je m’en porte très bien.

Vos bisous… Mouillés, la bouche grande ouverte mordillant mon menton. Attrapés au vol entre une course et un jeu de cache-cache. De l’amour sans réserve.

Votre voix. Des gazouillis de Louis aux premières phrases de Paul. Vous n’inventez rien, je sais, mais vous parlez pour moi le plus beau des langages.

Votre peau, plus douce même que l’air. Le ventre, à mordiller. Vos joues, tendres, trop pleines, rouges de chaleur et de jeux d’enfant. Vos petits doigts dodus, vos pieds minuscules.

**********

Mes bébés, mes petits garçons qui grandissent en se salissant les joues, en s’écorchant les genoux, en se sauvant en riant, oui que j’espère toujours en riant !

J’aime tout de vous. J’aime vos défauts et vos caprices de petits princes. J’aime vos humeurs, vos éclats de rire et votre innocence. La vie qui bat fort entre vos oreilles et nos quatre murs, au son des comptines, des bulles avec la bouche, des interdits et des portes qui s’ouvrent.

Il y a des moments que je souhaiterais infinis. Tes yeux d’un bleu encore changeant, incertain et pailleté de gris mon Louis. Ton pouce dans la bouche et tes yeux qui se ferment. Je veux encore de ta tête qui somnole et s’abandonne sur mon épaule, mon petit Paul.

Le monde est vôtre, gonflé des promesses de biscuits au chocolat, de camions qui font vrouuummm!, de doudous et de biberons chauds. Bien vite, le bonheur sera au bout d’une course à vélo, d’une soirée à se coucher tard, et d’un premier baiser…

Je vous tiendrai la main aussi longtemps que vous le voudrez. Mais ouvrez grands les yeux et respirez à pleins poumons ! La vie est douce et pétillante à la fois. Faites-lui confiance et ne soyez pas toujours prudents.

Soyez bons, soyez heureux. Je vous aime, sans condition.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s