Douleur ou souffrance?

Je ne pensais pas écrire deux billets de suite sur l’accouchement… En fait, j’ignorais même à quel point j’avais envie de fouiller la question! Mais une réflexion dans les commentaires précédents (faut-il souffrir pour être une bonne mère?) me donne envie de le faire.

Comme il est délicat ce sujet de l’accouchement… La plupart des mamans dans mon entourage ont vécu des accouchements avec péridurale, et certaines ont donné naissance à leur enfant par césarienne. Sont-elles moins mère que moi? Bien sûr que non!

Lorsque je parle de mes accouchements entre amies, j’ai d’ailleurs souvent une petite gêne. Cette peur de passer pour celle qui veut convaincre les autres qu’elle a trouvé LA bonne façon d’accoucher, peur aussi de culpabiliser d’autres mamans qui n’ont pas de beaux souvenirs d’accouchement. Drôle comme une expérience positive dans ce domaine amène son lot d’interrogations, de stupéfaction ou d’incompréhension. C’est dire le fossé qui existe entre la réalité de l’accouchement naturel et ses perceptions…

Je m’égare… je voulais parler de la douleur de l’accouchement. Dans un cours prénatal en maison de naissance, nous avions abordé la peur de la douleur – on a beau vouloir accoucher naturellement, on se demande toutes un jour ou l’autre ce qu’on est venue faire dans ce cul-de-sac, sans remède à cette foutue douleur!

Durant un exercice anonyme, on nous demandait d’écrire un souvenir où nous avions eu très mal. Je me suis souvenue très clairement d’un virus violent qui m’avait clouée au sol, dans une petite cabane perdue à Goa, en Inde. Avec ce souvenir de douleur, nous devions identifier le sentiment que cela évoquait. Spontanément, j’ai écrit : PEUR. J’étais seule ce soir-là, mon chum ayant décidé d’aller quand même boire un verre puisqu’il ne pouvait pas faire grand-chose pour m’aider. J’étais à des milliers de kilomètres de chez moi, à des kilomètres d’une clinique, avec une saleté dans le système dont j’ignorais la gravité : intoxication alimentaire, parasite, virus, bactérie? Ce qui reste de cette soirée n’est donc pas la sensation de douleur, mais la peur de l’inconnu, l’inquiétude de savoir si mon état était grave, si je devais recevoir des soins…

La révélation que j’ai eue en écrivant le mot « peur » peut sembler anodine, mais elle fait beaucoup de sens lorsqu’on réfléchit à la douleur de l’accouchement, à ce qu’on a envie d’accepter pour le vivre naturellement et au sens qu’on trouve à cette douleur. La douleur de l’accouchement n’est pas une souffrance. Elle fait partie d’un processus normal, et n’est pas le symptôme d’une maladie. Le fait de savoir tout cela n’enlève rien au niveau de douleur (I wish!), mais permet d’amoindrir la peur. C’est la peur qui fausse tout, qui nous fait croire qu’on sera incapables de surmonter la chose, qu’on va « mourir de douleur ». Isabelle Brabant, auteure d’Une naissance heureuse, explique tout ceci d’une façon admirable.

Quand j’étais petite, j’adorais entendre parler d’accouchements. Mais l’idée d’accoucher un jour me terrorisait. Jamais je n’aurais pensé être une candidate à l’accouchement naturel. Bien trop douloureux cette histoire-là! Mais c’est bien fait la vie : neuf mois et un bouquin lumineux sur la naissance entre les mains, une place avec une sage-femme qui se libère au moment où notre réflexion est bien mûre et bingo!

Oui, j’ai eu mal, j’ai voulu sauter dans un taxi pour l’hôpital et laisser tomber mes beaux idéaux d’accouchement. Un discours interne qui ressemblait à peu près à : « Pour qui tu te prends? Superwoman? Tu vas mourir, pourquoi t’es venue ici? Maudite maison de naissance de grano! Au secours!! J’aime pas ça, j’aime pas ça, j’aime pas ÇA!!! » Bref.

Ce que je disais dans mon précédent billet est que l’accouchement « pris en charge » par la femme qui accouche peut être un révélateur important. Et en disant cela, je ne dis aucunement qu’un accouchement différent est moins important. Je pense seulement qu’à force de taire le pouvoir potentiel de cet événement sur la vie des femmes, on passe à côté de quelque chose. Les femmes ont tous les droits en matière d’accouchement. Cela passe aussi par le droit de dire qu’un accouchement peut être beau et serein, au risque d’en choquer ou d’en surprendre certains (et certaines). La douleur n’est qu’un aspect de l’accouchement. Un aspect important auquel il faut se préparer, mais il n’en demeure pas moins UN aspect parmi d’autres, qui ne devrait pas occulter tout le reste. Le discours ambiant laisse beaucoup de place à la douleur et aux moyens de la contrôler, mais laisse-t-il de la place pour autre chose?

Cette peur de la douleur, qu’on nous transmet depuis des générations, doit pouvoir trouver un contrepoids dans un autre discours. C’est seulement lorsque chaque choix d’accouchement sera le fruit d’une réflexion éclairée (et avec toutes les données en mains) qu’on pourra se dire que l’équilibre est atteint. Pour l’instant, c’est loin d’être le cas. Et ce sont les femmes qui en sont les premières perdantes.

(Je n’ai pas la prétention d’être une experte dans le domaine, mais je pense que l’expérience de l’accouchement se nourrit grandement du vécu d’autres femmes et de réflexions sur la question. Je parle donc de ces sujets au « je », avec toutefois un regard critique sur les accouchements au Québec, et le fait que les mères n’ont pas accès à toute l’information pour faire des choix éclairés.)

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