La rentrée (bis)

Je reviens de l’école, le cœur encore un peu chancelant. Rien à déclarer sur cette rentrée. Juste les petites insécurités passagères de ce tourbillon qui les happe et nous les retourne dans 10 mois.

Je lis vos statuts un peu anxieux, un peu soulagés, depuis lundi. Je vois les photos de vos enfants. Magnifiques, fébriles, fiers, un brin inquiets.

Ces moments minuscules sur l’échelle d’une vie. Mais les deux pieds dedans, ils sont immenses. Leur flatter les cheveux et se retenir de ne pas pleurer parce qu’ils ne veulent plus nous quitter. Ou parce qu’ils partent trop vite et en riant peut-être…

Je savoure ces instants familiaux. Les miens comme ceux que vous partagez. Des concentrés d’enfance en quelques minutes : amour, larmes, fierté et envol.

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La rentrée

Un autre matin de larmes retenues au coin des yeux, de petites mains qui s’agrippent quelques secondes de plus. Trois petits sauts à faire, trois routines où le cœur se fendille un tout petit peu.

Douceur infinie. Tenter de décrocher leurs doigts un à un. De la clôture, de ma main, de mon cou. Patience et tendresse. Caresser encore un peu leurs cheveux pour donner du courage. Une main de maman qui s’imprime sur le crâne, sur le dos, et qui nous suit une fois les portes de l’école traversées.

-On peut rester sur le bord de la clôture jusqu’à la cloche, maman?
-Oui, mon cœur.

Un.

-Ah tiens, une nouvelle éducatrice dans ton local bébé. Ne pleure pas, regarde comme elle a l’air gentille. C’est l’heure de la collation, tu mangeras des oranges ce matin. Maman revient bien vite…

Deux.

-On va essayer de trouver Noah avant que tu partes de la cour d’école, maman, ok?
-Oui, mon cœur.

Trois.

Ils seront bien aujourd’hui. Ils seront bien aujourd’hui. Se le répéter jusqu’à ce que ça sonne vrai.

Dites, ça dure combien de temps la rentrée?

Peines d’amour

Je retombe sur cette citation partagée récemment par ma mère, de Christiane Singer: « Ces mères-là qui ont créé des enfants libres parce qu’elles les aiment exagérément dès le tout début et qu’elles sauront les laisser s’éloigner quand le temps sera venu me ravissent. »

Les aimer à t’en faire éclater le cœur… et apprendre à leur lâcher la main, petit à petit, jour après jour. Dur mais oh! combien essentiel.

Passant devant un parc que je ne connaissais pas, je me dis: tiens, des nouveaux jeux à essayer avec les garçons. Une pensée rapidement balayée par la suivante: l’époque des parcs et des carrés de sable ne dure qu’un temps… Comme celle de l’allaitement, du premier rire, des premiers pas. Toutes ces premières fois, universellement partagées. Tellement ordinaires. Tellement extraordinaires.

Ma vie de mère est jalonnée de milliers de peines d’amour. Renoncer à eux comme je les ai connus au petit matin. Et retomber en amour trois fois par jour, dans leur version âgée de quelques heures de plus.

#‎avoir6ans‬

Il trippe sur les jeux vidéos et les images bien compliquées de son atlas. Il a demandé un gâteau d’anniversaire en forme de guitare électrique. Pas une minute à perdre, il faut grandir au plus vite! Et pourtant… j’ai caressé sa paume entrouverte l’autre soir. Dans son sommeil, son petit poing s’est refermé sur mon doigt. Réflexe de nouveau-né. Soubresaut de petite enfance dans son corps de presque grand…

Tricot

Bébé couchée. Un garçon chacun sur nos genoux. Verres de vin et verres de lait à la main, on « jase ». Souvenirs de quand ils étaient petits, projets de vacances, histoires d’école et de garderie…

Y a de ces moments…Ça fesse tellement c’est parfait pis que ça adoucit le dur des autres jours, des impatiences, des nuits fiévreuses.

Encore un petit merci soufflé à la vie, pour cette famille que je me tricote et qui me ressemble et me forge tout en même temps.

Bébé d’automne

Un oiseau est venu se fracasser dans la grande fenêtre de la salle à manger pendant notre déjeuner.

Tristesse passagère des garçons. Ils ont continué à ne pas manger leur toast et à ne pas manger leurs fruits. Trop occupés à discuter. De leur jeu de croque-mort-fesses ou de Wolverine-qui-est-plus-fort-que-Transformer…

Petit bébé au bout de la table les fixe en alternance. Elle boit leur mots, elle n’a jamais assez d’yeux pour ses grands frères.

Cache-couche marine et habit chaud d’ourson brun. Odeur de chaï au creux du cou. L’automne a de nouvelles couleurs avec elle. J’ai l’impression qu’elle met du rouge et de l’orangé dans toutes les pièces où je la dépose. Petit feu de brindilles qui réchauffe nos murs.

Elle gazouille. Sans arrêt. Du matin au soir. À 3h00 en fixant le plafond. « Chut, bébé… c’est la nuit.. » T’as le bonheur trop facile ma poupie, c’est presque gênant.

Elle creuse son nid dans le bruit des garçons, elle y ajoute sa chanson. Même eux s’arrêtent pour l’écouter.

***

Petit bébé, tu t’épanouis dans l’automne qui se dépose sur les arbres tout autour. Le grand marronnier dans la cour est presque nu, mais dehors ne m’a jamais semblé si lumineux, si coloré. Grâce à toi.

Je repense à novembre dernier. Les deux barres roses qui t’annonçaient. J’avais dû aller courir, tellement j’étais fébrile. Au bout de ma course, le visage levé vers le ciel éclatant, j’avais soufflé un petit merci à la vie, qui t’apporterait comme un cadeau l’été suivant.

Un an plus tard, t’es un vent chaud d’automne qui souffle sur notre maison… 3e bonheur dans notre petite bulle qui t’accueille comme si tu avais toujours été là.

Popsicle et mots d’été

J’ai été trop occupée et trop paresseuse pour écrire ici durant le printemps. Je ressors de mes tiroirs des textes qui datent. Mais! Celui-ci a été écrit il y a probablement un an jour pour jour. Et à part les enfants qui grandissent à vue d’œil, je pourrais réécrire ces mêmes mots aujourd’hui. Même nostalgie, même boule dans la gorge qui me prend quand je les regarde à la dérobée… Et c’est un texte plein de crème solaire, de popsicle et de chaleur, alors profitons-en, puisque l’été cette année se fait attendre…

« Oh! Entend le chien wouf wouf! Vais chercher grand frère… C’est bon popsicle! »

J’ai arrêté ce que je faisais pour porter attention à son petit monologue. Il vient d’avoir deux ans. Il déballe ceci en trente secondes, ente deux bouchées de ce popsicle qui lui fond sur le menton et essayant en vain de grimper sur le tricycle de son frère. Lire la suite

Lettre à mes enfants

Ce texte a été publié dans le recueil Lettre à mon enfant, paru à l’automne 2012. Il regroupe les témoignages d’une centaine de parents et grands-parents. C’est un superbe livre… dont les profits sont remis à la Fondation du Dr Julien… 😉 Mes enfants ont grandi depuis que j’ai rédigé cette lettre, mais j’avais envie de la partager.

Pour Paul, Pour Louis,

Il y a, dans l’armoire de la pharmacie, « vos » tests de grossesse.

Enceinte de toi Paul, j’avais refait ce fameux test quatre fois. Chaque fois, la main tremblante, attendant le verdict de la barre verticale : « C’est pas possible ! Déjà ? C’est ce que je voulais… Mais mon dieu je suis morte de trouille. Un petit bébé à nous, pour vrai ? Allez, un autre test ! » Et j’étais là, incrédule devant ma chance et devant l’énormité de ce que nous venions de faire : un enfant… Lire la suite

Douleur ou souffrance?

Je ne pensais pas écrire deux billets de suite sur l’accouchement… En fait, j’ignorais même à quel point j’avais envie de fouiller la question! Mais une réflexion dans les commentaires précédents (faut-il souffrir pour être une bonne mère?) me donne envie de le faire.

Comme il est délicat ce sujet de l’accouchement… La plupart des mamans dans mon entourage ont vécu des accouchements avec péridurale, et certaines ont donné naissance à leur enfant par césarienne. Sont-elles moins mère que moi? Bien sûr que non!

Lorsque je parle de mes accouchements entre amies, j’ai d’ailleurs souvent une petite gêne. Cette peur de passer pour celle qui veut convaincre les autres qu’elle a trouvé LA bonne façon d’accoucher, peur aussi de culpabiliser d’autres mamans qui n’ont pas de beaux souvenirs d’accouchement. Drôle comme une expérience positive dans ce domaine amène son lot d’interrogations, de stupéfaction ou d’incompréhension. C’est dire le fossé qui existe entre la réalité de l’accouchement naturel et ses perceptions… Lire la suite

Naissance d’une mère : naissance d’une féministe

Pour certaines féministes, maternité et accomplissement personnel (ou émancipation) ne font pas bon ménage. Comment les blâmer? Alors que la procréation et le maternage (souvent imposés) ont longtemps été des boulets pour les femmes, il reste des stigmates chez certaines que je peux tout à fait concevoir, mais sur lesquelles je ne m’attarderai pas ici. C’est un débat immense et aux mille facettes…

J’ai plutôt été frappée par cette idée de deux rôles (mère et féministe) potentiellement incompatibles lors d’un récent souper de famille. Ma sœur, femme inspirante s’il en est une, s’étonnait que je me décrive comme féministe, moi qui clame haut et fort mon amour de la maternité, mon désir de remettre ça pour un 3e et mes remises en question ponctuelles sur la possibilité de me consacrer entièrement à mes enfants. Sa vision du féminisme se résumait globalement au fait de prendre sa place (comme les hommes?) sur le marché de travail. Défoncer le plafond de verre, si j’ai bien compris, serait l’idéal féministe à atteindre pour ma sœur. Encore une fois, je ne m’attarderai pas sur ce discours, qui ramène les revendications féministes à leur angle purement économique selon moi, alors qu’elles sont religieuses, sexuelles, identitaires, et j’en passe! Lire la suite